BKGR relève sa recommandation sur Sonasid à l'achat avec un cours cible impliquant +35,5% de hausse. Recyclage, métaux non ferreux, green steel, plan 2026-2030 à 1,5 milliard de DH : décryptage complet d'un titre qui entre dans une nouvelle ère.
Une action qui a grimpé de 126% en 2025 — et qui recule de 5,7% en 2026 : opportunité ou piège ?
Voilà une situation que tout investisseur connaît bien. Un titre qui signe une performance stratosphérique — ici, +126% en 2025, l'une des meilleures de la Bourse de Casablanca — et qui entre ensuite dans une phase de respiration, de prise de bénéfices, de questionnements.
Sonasid avait signé l'une des meilleures performances de la Bourse de Casablanca en 2025 avec une hausse de 126%, avant de corriger de 5,7% depuis le début de 2026, dans un mouvement de prise de bénéfices plus large sur les valeurs les plus performantes et liquides du marché.
Face à ce repli, la question que tout le monde se pose est simple : est-ce une opportunité de rentrer à bon compte sur un titre fondamentalement solide ? Ou bien le marché est-il en train de corriger une valorisation excessive ?
BKGR — le bureau de recherche de BMCE Capital Global Research, l'une des références analytiques les plus suivies de la place — vient de trancher. Et sa réponse est sans ambiguïté : BKGR passe à l'achat sur Sonasid avec un potentiel de hausse de 35,5% et mise sur un nouveau cycle de transformation porté par le recyclage, les métaux non ferreux et les produits à plus forte valeur ajoutée.
Décortiquons ensemble pourquoi cette conviction est fondée — et quels sont les risques à ne pas ignorer.
2025 : l'année qui a tout changé pour Sonasid
Pour comprendre ce que BKGR anticipe pour l'avenir, il faut d'abord comprendre ce que 2025 a représenté pour Sonasid. Parce que cette année n'a pas été une simple bonne année. C'est, selon les analystes, un véritable point d'inflexion.
BKGR estime que l'exercice 2025 marque "un véritable cap" pour Sonasid, avec une hausse des volumes de vente de 17%, une utilisation pleine de l'outil industriel ainsi qu'un net redressement des marges, passées à près de 10% contre 7% en 2024.
Prenez le temps d'apprécier cette progression de marges. Passer de 7% à 10% d'EBITDA margin en une seule année, c'est considérable dans un secteur aussi capital-intensif que la sidérurgie. Ce n'est pas le fruit d'un effet de base favorable ou d'une conjoncture exceptionnelle passagère. C'est le résultat d'une transformation industrielle méthodique.
La même source considère que ces performances traduisent à la fois un marché domestique porteur et la bonne exécution du précédent plan stratégique 2021-2025. En d'autres termes : Sonasid a fait ce qu'elle avait promis. Elle a tenu ses engagements industriels et financiers. Dans un univers boursier où l'écart entre les promesses managériales et les réalisations concrètes est souvent béant, cette cohérence a une valeur considérable.
Et maintenant ? Sonasid ouvre désormais une nouvelle phase de développement à travers un programme d'investissement global de 1,5 milliard de DH sur 2026-2030.
Le plan 2026-2030 : bien plus qu'une question de volume
C'est ici que la stratégie de Sonasid devient vraiment intéressante — et différenciante. Parce que le nouveau plan ne cherche pas simplement à produire plus d'acier.
L'objectif affiché consiste moins à accroître simplement les volumes qu'à transformer progressivement le profil du groupe et améliorer la qualité du mix-produit. C'est une subtilité stratégique majeure.
Un sidérurgiste qui se contente de vendre plus de ronds à béton reste exposé à tous les aléas cycliques du secteur : prix des matières premières, compétition asiatique, fluctuations de la demande BTP. Un sidérurgiste qui monte en gamme — vers des produits techniques, à plus forte valeur ajoutée, pour des applications industrielles sophistiquées — construit une tout autre histoire.
Et les chiffres confirment cette ambition. Le management cible un EBITDA proche de 1 milliard de DH à horizon 2030, contre 608 millions de DH réalisés en 2025. C'est presque un doublement de la rentabilité opérationnelle en cinq ans.
Les 5 nouveaux relais de croissance identifiés
Lancement d'un produit technique destiné aux ouvrages de génie civil et infrastructures lourdes.
Diversification vers les métaux non ferreux pour réduire la dépendance à l'acier.
Oxyde de zinc, oxyde de fer, sulfate de fer à partir de 2027-2028 — économie circulaire industrielle.
Production d'acier destiné à l'industrie automobile — segment à très forte valeur ajoutée.
Produit innovant à empreinte carbone réduite, capitalisant sur le positionnement green steel du groupe.
Et le potentiel de ces nouvelles activités est loin d'être anecdotique. Selon BKGR, ces nouveaux relais pourraient représenter près de 40% de l'EBITDA cible en 2030. Quarante pour cent. Presque la moitié de la rentabilité future de Sonasid viendrait d'activités qui n'existent pas encore — ou à peine — aujourd'hui.
C'est à la fois excitant et exigeant. Excitant parce que le potentiel est immense. Exigeant parce que l'exécution de ce type de diversification est rarement linéaire.
Les projections financières de BKGR : des chiffres à retenir
Entrons dans le concret des prévisions. Que projette exactement BKGR sur les prochains exercices ? Dans ses projections, BKGR anticipe un chiffre d'affaires de 6,7 milliards de DH en 2026 puis de 7,17 milliards de DH en 2027, contre 6,39 milliards de DH en 2025. À horizon 2030, les revenus pourraient atteindre 9,2 milliards de DH, soit un taux de croissance annuel moyen de 7,6% sur 2025-2030.
| Indicateur | 2025 | 2026 (e) | 2027 (e) | 2030 (e) |
|---|---|---|---|---|
| Chiffre d'affaires (MMDH) | 6,39 | 6,70 | 7,17 | 9,20 |
| EBITDA (MDH) | 608 | ~700 | ~780 | ~1 000 |
| RNPG (MDH) | 272 | 335 | 365 | — |
| Marge nette | ~4,3% | ~5% | ~5% | — |
| Marge EBITDA | ~10% | ~10,4% | ~10,9% | >11% |
| CAPEX (MDH) | — | 521 | — | — |
Ce CAGR de 7,6% peut sembler modeste de prime abord. Mais dans la sidérurgie — un secteur structurellement cyclique, exposé à des aléas macro nombreux — une croissance de 7,6% par an pendant cinq ans, soutenue par de l'investissement productif et de la montée en gamme, représente une trajectoire ambitieuse et sérieuse.
Sur la rentabilité nette, les chiffres sont également encourageants. Pour 2026, BKGR table sur un RNPG de 335 millions de DH, en hausse de 23,2%, puis 365 millions de DH en 2027. La marge nette atteindrait ainsi près de 5% sur les deux exercices.
Et sur la marge d'exploitation à long terme ? À plus long terme, la marge d'EBITDA devrait dépasser 11% en 2030, marquant selon BKGR l'installation de Sonasid dans un nouveau palier de rentabilité supérieur à celui observé historiquement.
Dépasser 11% de marge EBITDA en 2030 — contre 10% aujourd'hui — avec un chiffre d'affaires presque 50% plus élevé : ce serait effectivement l'installation durable dans un palier qualitatif supérieur.
La situation financière : solide, malgré l'accélération des investissements
Un plan stratégique ambitieux, ça coûte de l'argent. Beaucoup d'argent. Comment Sonasid finance-t-il cette transformation ?
Sonasid conserve par ailleurs une situation financière jugée solide par BKGR, malgré une baisse de la trésorerie nette liée à la hausse du besoin en fonds de roulement et au lancement du nouveau cycle d'investissement.
Une dette nette négative — c'est-à-dire que le groupe dispose de plus de liquidités que de dettes financières. C'est une position de force rare, qui donne à Sonasid la flexibilité nécessaire pour investir massivement sans compromettre sa solidité financière.
Mais cette position va naturellement évoluer avec l'accélération des CAPEX. Les investissements devraient fortement accélérer dès 2026, avec des CAPEX attendus à 521 millions de DH cette année, dans le cadre du déploiement du plan 2026-2030.
521 millions de DH d'investissements en une seule année — c'est plus que ce que le groupe a investi sur plusieurs exercices combinés par le passé. Une mise en chantier de grande envergure qui traduit la volonté d'un groupe qui ne temporise pas.
Le dossier ESG : la révolution silencieuse du "green steel"
Voilà un aspect que beaucoup d'analystes retail sous-estiment encore — et que BKGR met intelligemment en avant dans sa note. Au-delà des perspectives financières, BKGR met également en avant le positionnement environnemental du groupe. La note souligne que Sonasid dispose d'un modèle basé sur le recyclage de la ferraille et l'intégration croissante des énergies vertes.
Le sidérurgiste affiche des chiffres ESG remarquables qui pourraient devenir un puissant levier de revalorisation à mesure que les exigences environnementales se renforcent à l'échelle mondiale.
68% en dessous de la moyenne mondiale. C'est un avantage concurrentiel considérable — et très peu valorisé aujourd'hui par le marché.
Pour BKGR, cette évolution fait progressivement émerger un profil de "green steel" encore peu valorisé aujourd'hui, mais potentiellement différenciant dans un contexte de montée des exigences environnementales.
Pensez-y un instant. Dans un monde où les réglementations environnementales se resserrent, où les grands donneurs d'ordre industriels — dans l'automobile, la construction, l'énergie — cherchent des fournisseurs capables de leur garantir un acier à faible empreinte carbone, Sonasid est idéalement positionnée. C'est une prime de valorisation qui ne s'est pas encore matérialisée dans le cours — mais qui pourrait le faire progressivement.
Leader sur le marché sidérurgique marocain, Sonasid se distingue par sa diversification, notamment avec le lancement de produits à plus grande valeur ajoutée, tels que la fibre d'acier verte. Son engagement envers l'innovation et sa capacité à recycler la ferraille renforcent sa position opérationnelle.
L'impact de la Coupe du Monde 2030 : un catalyseur sous-estimé
Il y a un facteur macroéconomique que les analystes mentionnent souvent en passant, mais qui mérite qu'on s'y attarde : la Coupe du Monde 2030.
La redynamisation prévue du secteur du BTP, les projets d'infrastructures et l'opérationnalisation du programme d'aide au logement offrent des perspectives de croissance. Le Maroc prépare actuellement l'une des plus grandes vagues d'investissement infrastructurel de son histoire : stades, routes, lignes ferroviaires, hôtels, logements, aménagements urbains. Chacun de ces chantiers consomme de l'acier.
Et dans ce contexte, qui est le numéro un marocain de l'acier long ? Sonasid. Sonasid est un groupe sidérurgique organisé autour de 3 familles de produits : aciers longs (n°1 marocain) — ronds à bétons, fils machines et aciers laminés marchands ; produits d'aciérie électrique — essentiellement billettes ; armatures industrielles.
C'est un positionnement de premier plan pour capter une demande domestique structurellement portée par les grands projets d'infrastructure. Le marché national n'est pas simplement "porteur" en ce moment — il est en train de vivre un supercycle de la demande.
Les risques : BKGR ne cache rien
Soyons honnêtes, et BKGR l'est dans sa note. Sonasid n'est pas un investissement sans risques.
Pour BKGR, cette stratégie doit permettre à Sonasid de réduire progressivement sa dépendance aux segments standards et de mieux amortir la cyclicité historique du secteur sidérurgique. Le mot "progressivement" est important. Ce n'est pas une transformation instantanée.
Le broker rappelle toutefois que le groupe restera exposé à plusieurs variables structurelles, notamment la demande domestique, les prix de l'acier et la volatilité des intrants.
Demande domestique
Si le secteur BTP ralentit — retards Mondial 2030, tension sur les finances publiques, hausse des taux — la demande d'acier long pourrait décevoir.
Prix de l'acier
Sonasid n'est pas price-maker. Les prix dépendent des dynamiques globales — production chinoise, demande mondiale, politiques commerciales. Une correction peut comprimer rapidement les marges.
Volatilité des intrants
La ferraille — principale matière première — est importée en grande partie. Sa disponibilité et son prix sont soumis aux aléas du marché international.
Le bureau de recherche estime qu'il serait prématuré de considérer Sonasid comme totalement immunisé contre la cyclicité historique du secteur sidérurgique. Le groupe restera exposé à la demande domestique, aux fluctuations des prix de l'acier et à la volatilité des intrants.
Ce cadrage honnête de la part de BKGR renforce, paradoxalement, la crédibilité de sa recommandation à l'achat. Ce n'est pas un optimisme aveugle — c'est une conviction fondée sur une analyse pondérée des forces et des faiblesses.
Que faire concrètement de cette recommandation ?
BKGR a fait son travail analytique. À vous, maintenant, de faire le vôtre.
L'enjeu des prochaines années sera de transformer cette ambition stratégique en amélioration durable des marges, avec l'appui d'une structure financière jugée solide.
La dépendance aux segments standards devrait progressivement s'atténuer grâce à la montée en puissance des activités à plus forte valeur ajoutée, à la réduction de l'exposition aux produits standards et à la poursuite des gains opérationnels.
Quelques repères selon votre profil d'investisseur
La thèse BKGR est cohérente et bien documentée. Plan 2026-2030, accélération des CAPEX, diversification métaux non ferreux et positionnement green steel dessinent une transformation structurelle. Après la correction de 5,7% YTD, le point d'entrée est plus attractif.
Attention à la volatilité inhérente au secteur sidérurgique. Les prises de bénéfices post-2025 peuvent se poursuivre. Les premiers trimestres 2026 seront scrutés de près pour valider l'amorce du nouveau cycle stratégique.
La politique de distribution annoncée comme "attractive" malgré les CAPEX élevés est un signal positif. Mais le niveau précis du dividende reste à confirmer dans les communications financières à venir.
Sonasid entre dans une nouvelle ère — et les marchés commencent à le voir
Sonasid veut améliorer durablement la qualité de son mix-produit et renforcer son profil de rentabilité. Cette phrase, simple en apparence, résume une transformation profonde en cours.
De l'aciériste de commodités dépendant du marché BTP, Sonasid veut devenir un groupe industriel diversifié, à plus forte valeur ajoutée, avec un profil environnemental différenciant et une ambition affirmée sur les métaux non ferreux. C'est un changement de nature, pas simplement de taille.
BKGR parie sur cette transformation. Avec un potentiel de hausse de +35,5%, un plan stratégique doté de 1,5 milliard de DH d'investissements, un profil green steel encore peu valorisé et un marché domestique structurellement portant jusqu'en 2030, les arguments sont solides.
Le marché actions marocain entre dans une phase de maturité, où la performance devrait être plus sélective, plus différenciée et davantage corrélée aux fondamentaux économiques et bénéficiaires. Dans ce contexte de sélectivité accrue, Sonasid coche précisément les cases que le marché cherche : fondamentaux solides, stratégie claire, exécution prouvée, et un catalyseur sectoriel de taille mondiale avec la Coupe du Monde 2030.
Le vrai test sera dans l'exécution. Les prochains trimestres diront si Sonasid peut tenir ses promesses — et si le marché est prêt à valoriser pleinement cette transformation.
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