Il y a quatre ans, le Groupe Alliances, valeur phare de la Bourse de Casablanca, se fixait un objectif clair et public : générer 8 milliards de dirhams de chiffre d'affaires entre 2022 et 2025. Un engagement ambitieux, surtout pour un secteur immobilier qui allait traverser, on ne le savait pas encore à l'époque, de profondes turbulences. Hausse des taux, mutations du marché, nouvelles règles comptables... Autant de vents contraires qui auraient pu faire dérailler les plans les mieux ficelés.
Et pourtant. À fin décembre 2025, le verdict tombe : 8,416 milliards de dirhams. L'objectif n'est pas seulement atteint — il est dépassé. Mais comme souvent avec les chiffres financiers, l'histoire mérite qu'on la lise jusqu'à la dernière ligne. Parce que derrière ce résultat se cachent des signaux encore plus intéressants pour qui sait où regarder.
📌 Ce qu'il faut retenir en un coup d'œil
- Plan 2022-2025 dépassé : 8,416 milliards MAD réalisés contre un objectif de 8 milliards — soit 5% au-dessus de la cible fixée.
- Chiffre d'affaires 2025 en hausse de +3% — et de +14% en termes comparables, à règles comptables constantes.
- Endettement net en baisse de 24%, à 1,303 milliard MAD, malgré une émission obligataire de 449 millions MAD.
- Préventes T4 en explosion : +35% — 879 millions MAD au dernier trimestre 2025, contre 652 millions MAD un an plus tôt.
- Carnet de commandes garni : 6 205 unités pour une valeur sécurisée de 4,1 milliards MAD — autant de revenus futurs déjà verrouillés.
- Encaissements en hausse de +17% — 1,9 milliard MAD collectés, signe que les clients paient et que la trésorerie se consolide.
Quatre ans plus tard : un pari tenu malgré les secousses du marché
Soyons honnêtes — tenir ses engagements sur quatre ans dans l'immobilier marocain, ça n'a rien d'évident. Le secteur a traversé une période particulièrement délicate, marquée par des changements profonds dans la demande, dans les modes de financement, et dans l'environnement réglementaire.
C'est justement pour ça que la performance d'Alliances prend toute sa valeur. Le groupe ne s'est pas contenté de survivre à ces mutations — il a continué de livrer, de vendre, et de croître. Dépasser de 416 millions MAD un objectif fixé en amont, c'est la marque d'une exécution opérationnelle solide, pas d'un coup de chance.
Le paradoxe des 3% contre 14% : pourquoi le vrai chiffre est masqué
Voici quelque chose que beaucoup de lecteurs vont passer en vitesse — et qui mérite pourtant qu'on s'y arrête. Le chiffre d'affaires 2025 affiche officiellement une hausse de 3%, passant de 2,363 milliards à 2,432 milliards MAD. C'est correct, c'est réel. Mais ce n'est pas toute la vérité.
C'est un peu comme comparer deux coureurs sur une piste dont on aurait changé la longueur entre les deux courses. Le deuxième coureur semble aller moins vite, mais en réalité, il court une distance différente. Ici, la performance opérationnelle d'Alliances est bien plus proche des +14% que des +3% affichés en façade.
La dette baisse — et le groupe achète quand même 97 hectares à Marrakech
C'est sans doute l'élément le plus révélateur de la santé financière réelle du groupe. En décembre 2025, Alliances a procédé à une émission obligataire de 449 millions MAD pour financer l'acquisition d'un foncier stratégique de plus de 97 hectares à Marrakech. Une opération d'envergure qui traduit une confiance assumée dans les perspectives du marché immobilier marocain.
Et pourtant — et c'est là que ça devient vraiment intéressant — malgré cet emprunt obligataire inclus dans le calcul, l'endettement net du groupe a baissé de 24%. Il passe de 1,713 milliard MAD à fin 2024 à 1,303 milliard MAD à fin 2025. Autrement dit, Alliances a réussi à investir massivement dans son avenir tout en allégeant significativement le poids de sa dette. C'est le genre d'équilibre financier que les investisseurs cherchent — et qu'on ne voit pas si souvent.
Ces 97 hectares à Marrakech, ce n'est pas un achat anodin. C'est un pari stratégique sur l'une des villes marocaines dont l'attractivité ne cesse de croître, portée par le tourisme, les projets d'infrastructure, et une demande immobilière soutenue. Alliances positionne ses pièces sur l'échiquier bien avant que la partie ne commence.
Les préventes explosent : le pipeline de demain se construit aujourd'hui
Dans l'immobilier, les préventes sont l'un des meilleurs baromètres de la santé future d'un groupe. Ce sont des engagements fermes d'acheteurs — des revenus pas encore comptabilisés, mais déjà sécurisés. Et sur ce terrain, les chiffres d'Alliances sont franchement impressionnants.
Au seul quatrième trimestre 2025, les préventes ont atteint 879 millions MAD, contre 652 millions MAD au T4 2024. Une progression de 35% en un trimestre. 845 unités prévendues sur cette période, pendant que la production totale en cours s'élève à 6 499 unités — contre 5 738 un an plus tôt. Le carnet de commandes global culmine à 6 205 unités pour une valeur sécurisée de 4,1 milliards MAD.
Pour un investisseur ou un observateur du secteur, c'est le signal le plus rassurant qui soit : Alliances ne vend pas son passé, elle construit activement son futur. Ces 4,1 milliards de valeur déjà sécurisée représentent plusieurs années de visibilité sur les revenus à venir.
Les encaissements : quand les promesses se transforment en dirhams réels
On peut vendre beaucoup et encaisser peu — c'est un piège classique dans l'immobilier. Les préventes sont belles sur le papier, mais ce qui compte au final, c'est ce qui rentre réellement dans les caisses.
Sur ce point aussi, Alliances rassure. Les encaissements 2025 s'élèvent à 1,9 milliard MAD, en hausse de 17% par rapport aux 1,6 milliard MAD de 2024. Cette progression confirme que les clients honorent leurs engagements, que les livraisons avancent, et que la trésorerie du groupe se consolide année après année.
Ce que 2025 dit vraiment sur la trajectoire d'Alliances
Reculons d'un pas et regardons le tableau d'ensemble. En 2025, Alliances a clôturé un cycle de quatre ans en dépassant ses objectifs, réduit sa dette de façon significative, lancé une opération foncière stratégique à Marrakech, et fait exploser ses préventes au dernier trimestre. Tout ça dans un secteur qui, rappelons-le, a traversé des mutations profondes depuis 2022.
Ce qui transparaît clairement, c'est une gestion qui privilégie la discipline financière sur le court terme et le positionnement stratégique sur le long terme. La baisse de 24% de l'endettement net n'est pas le résultat du hasard — c'est le fruit d'une gestion rigoureuse des flux de trésorerie, illustrée par ces encaissements en hausse de 17%.
Pour 2026 et au-delà, les questions clés seront : les 97 hectares de Marrakech se transformeront-ils en un projet phare capable de générer un chiffre d'affaires significatif ? Les préventes exceptionnelles du T4 2025 annoncent-elles un début 2026 en fanfare ? Et le carnet de commandes de 4,1 milliards MAD se convertira-t-il en revenus aussi rapidement qu'espéré ?
Les bases semblent solides. L'ambition, elle, est clairement affichée.
💬 L'immobilier marocain : entre résilience et transformation
Les résultats d'Alliances sont un bon miroir de ce que vit le secteur immobilier marocain en ce moment : une demande qui tient, des acteurs qui s'adaptent, et des opportunités qui se dessinent — notamment dans des villes comme Marrakech dont l'attractivité continue de croître.
Partagez cet article avec vos contacts qui suivent le marché immobilier ou la bourse. Et dites-nous en commentaire : l'acquisition de 97 hectares à Marrakech vous semble-t-elle être le coup stratégique de l'année pour Alliances — ou le groupe prend-il trop de risques en s'endettant pour croître ?