Délais de Paiement au Maroc en 2026 : Ce que la Loi 69-21 Change Vraiment | IPO Maroc
LOI 69-21 Applicable depuis janv. 2026 CA ≥ 2 M DH
DÉLAI DÉFAUT 60 jours à partir de la facture
CONVENTIONNEL 120 jours si accord parties
AMENDES 5 000 à 250 000 MAD selon CA
DÉCLARATION Trimestrielle obligatoire DGI SIMPL
LOI 69-21 Applicable depuis janv. 2026 CA ≥ 2 M DH
DÉLAI DÉFAUT 60 jours à partir de la facture
CONVENTIONNEL 120 jours si accord parties
AMENDES 5 000 à 250 000 MAD selon CA
DÉCLARATION Trimestrielle obligatoire DGI SIMPL

Délais de Paiement au Maroc en 2026 : Ce que la Loi 69-21 Change Vraiment Pour Votre Entreprise

Publié le 3 mai 2026  ·  Lecture : 14 min
Délais de Paiement au Maroc en 2026 : Loi 69-21

📌 Ce qu'il faut retenir avant de lire la suite

  • Trois délais légaux : 60 jours (par défaut), 120 jours (conventionnel), 180 jours (sectoriel dérogatoire).
  • Déclaration trimestrielle obligatoire depuis janvier 2026 pour toute entreprise avec un CA ≥ 2 millions de DH HT.
  • Amendes de 5 000 à 250 000 MAD selon le chiffre d'affaires, plus des pénalités d'intérêts automatiques.
  • Le délai court désormais à partir de la date de la facture — et non de la livraison.
  • La déclaration doit être visée par un expert-comptable ou un commissaire aux comptes selon votre taille.
60 j
Délai légal par défaut
120 j
Délai conventionnel
180 j
Délai sectoriel
≥ 2 M DH
Seuil assujettissement

Le Jour où une PME Marocaine a Failli Couler — Non pas par Manque de Clients, mais par Manque de Cash

Imaginez ceci : vous êtes dirigeant d'une PME industrielle à Casablanca. Votre carnet de commandes est plein. Vos clients sont de grandes enseignes reconnues. Vos produits partent bien. Et pourtant, chaque fin de mois, vous vous retrouvez à appeler votre banquier pour négocier une ligne de trésorerie supplémentaire.

Pourquoi ? Parce que vos clients — pourtant solvables — paient à 90, 120, parfois 180 jours. Et pendant ce temps-là, vous, vous payez vos fournisseurs à 30 jours, vos salariés le 28 du mois, la CNSS le 10, la TVA chaque trimestre.

Ce scénario, des milliers de dirigeants marocains le vivent chaque année. Il a même un nom : le ciseau de trésorerie. Et c'est précisément pour le combattre que le Maroc a adopté la loi 69-21.

La loi 69-21, promulguée en juin 2023, marque une étape importante dans la régulation des délais de paiement au Maroc. Conçue pour lutter contre les retards de paiement, elle vise à améliorer la trésorerie des entreprises, en particulier des PME, souvent les plus impactées par les défaillances de paiement des grandes entreprises.

Mais en 2026, cette loi n'est plus une théorie. Elle est pleinement opérationnelle, avec des obligations concrètes, des délais précis et des sanctions qui tombent automatiquement. Que vous soyez TPE, PME ou grande entreprise, vous êtes désormais concerné. Voici ce que vous devez absolument savoir.

La Loi 69-21 en 2026 : Une Réglementation Qui a Fait sa Montée en Charge

Soyons clairs d'emblée : cette loi n'est pas tombée du ciel du jour au lendemain. Sa mise en œuvre a été progressive, intelligemment pensée pour ne pas asphyxier les entreprises dès le départ.

Depuis le 1er janvier 2026, toute entreprise commerciale réalisant un chiffre d'affaires annuel hors taxe supérieur à 2 millions de dirhams est soumise à la loi n° 69-21 relative aux délais de paiement. Cette loi modifie la loi 15-95 formant Code de commerce et instaure des obligations strictes en matière de facturation, de délais de règlement et de déclaration auprès de la Direction Générale des Impôts (DGI).

Ce qui change fondamentalement en 2026 : après une montée en charge progressive, la loi 69-21 s'applique à compter de 2026 à toutes les entreprises dont le CA annuel HT est supérieur ou égal à 2 millions de dirhams. Le respect des délais de paiement est désormais une obligation légale contrôlée par l'administration fiscale, assortie de sanctions financières automatiques.

Cette progressivité a été pensée pour permettre aux PME de s'adapter graduellement, tout en créant un effet d'entraînement : les grandes entreprises — mieux structurées — se conforment en premier, ce qui améliore mécaniquement la trésorerie de leurs fournisseurs PME.

Autrement dit : si votre grande cliente se conforme à la loi, elle vous paie dans les délais. Et vous, à votre tour, vous pouvez payer vos propres fournisseurs. C'est un cercle vertueux. Mais encore faut-il que tout le monde joue le jeu — et que les sanctions soient suffisamment dissuasives pour que ce ne soit pas optionnel.

Les Trois Délais à Connaître Par Cœur

Voici le cœur du dispositif. Pas besoin d'être juriste pour comprendre — il suffit de retenir trois chiffres.

60 j
Délai légal par défaut
À compter de la date d'émission de la facture. S'applique sauf convention contraire.
120 j
Délai conventionnel
Si convenu explicitement entre les parties, dans la limite de 120 jours.
180 j
Délai sectoriel dérogatoire
Pour certains secteurs spécifiques ou saisonniers, sur dérogation.

Le calcul du délai part de la date de facturation (et non de la livraison), avec obligation d'émettre la facture au plus tard le dernier jour du mois de livraison ou d'exécution.

Point crucial : le point de départ du délai de paiement est désormais la date d'émission de la facture, et non plus la date de réception de la marchandise ou d'exécution de la prestation. Cette ambiguïté — source récurrente de litiges — est désormais fermée.

Et pour éviter les manipulations sur la date de facturation, la loi est sans appel : le vendeur doit émettre la facture au plus tard le dernier jour du mois de livraison ou de performance du service. À défaut, les délais de paiement courent à partir de la fin du mois de livraison ou d'exécution de la prestation.

Les Obligations Déclaratives : Ce Que Vous Devez Faire Concrètement

Parlons maintenant de ce qui change dans votre quotidien opérationnel. Parce que la loi ne se contente pas de fixer des délais — elle vous oblige aussi à rendre des comptes, trimestriellement.

Toute entreprise dont le chiffre d'affaires annuel hors taxes dépasse 2 millions de dirhams doit déposer une déclaration trimestrielle auprès de la Direction Générale des Impôts (DGI), même en l'absence de factures impayées.

Piège classique : "Je paye tout dans les délais, je n'ai rien à déclarer." Faux. L'absence de factures non payées dans les délais ne dispense pas de l'obligation de déclaration. La déclaration est due, point.

La déclaration doit être soumise avant la fin du mois suivant chaque trimestre (soit : 30 avril, 31 juillet, 31 octobre, 31 janvier).

Et ce n'est pas tout. Pour les entreprises dont le CA est inférieur à 50 MDH HT, la déclaration doit être visée par un expert-comptable diplômé ou un comptable agréé. Au-delà de 50 MDH HT, la signature d'un commissaire aux comptes est requise.

Traduction concrète : si vous n'avez pas encore de relation avec un expert-comptable, il est temps d'en établir une. La conformité à la loi 69-21 n'est plus optionnelle — c'est une obligation qui engage votre responsabilité et, potentiellement, votre trésorerie.

La déclaration se fait en ligne, via le portail SIMPL Délais de Paiement. Cette télédéclaration est obligatoire. Pas de papier, pas de guichet — tout se passe sur la plateforme numérique de la DGI. Encore une raison supplémentaire de bien maîtriser vos outils de gestion et de vous faire accompagner pour paramétrer correctement votre espace SIMPL.

Les Sanctions : Des Amendes qui Font Mal, et des Intérêts qui S'accumulent

Soyons directs : les sanctions prévues par la loi 69-21 ne sont pas symboliques.

Deux types de sanctions coexistent. D'abord, les amendes fixes liées au défaut ou au retard de déclaration. L'article 78-6 prévoit notamment :

💰 Barème des amendes (Art. 78-6)
CA > 2 M DH et ≤ 10 M DH
5 000 MAD
CA > 10 M DH et ≤ 50 M DH
12 500 MAD
CA > 50 M DH et ≤ 200 M DH
50 000 MAD
CA > 200 M DH
125 000 MAD

Ensuite, les pénalités d'intérêts sur les factures payées hors délai. En cas de non-respect des délais de paiement, des intérêts de retard sont automatiquement calculés sur la base du taux directeur de Bank Al-Maghrib, sans mise en demeure préalable.

Et en 2026, ce calcul évolue. À partir de 2026, une pénalité spécifique de 2,25% pour le premier mois de retard est prévue. Au-delà, une pénalité supplémentaire de 0,85% s'applique par mois ou fraction de mois de retard.

Caractère automatique : il n'y a pas de mise en demeure, pas de délai de grâce, pas de négociation possible après le fait. Le compteur tourne, les pénalités s'accumulent, et c'est l'acheteur — pas le fournisseur — qui doit les déclarer.

La loi 69-21 introduit également une autodéclaration réglementaire obligatoire pour les entreprises. Cela signifie que ce sont les clients, et non les fournisseurs, qui doivent déclarer leurs délais de paiement contractuels.

C'est une logique qui renverse les habitudes. Traditionnellement, c'est le créancier (le fournisseur) qui courrait après son argent. Avec la loi 69-21, c'est le débiteur (le client) qui doit se mettre en conformité et le prouver. Un changement de paradigme important.

Holdings, SCP, Personnes Physiques : Qui est Vraiment Concerné ?

Un point de clarification s'impose ici, car la DGI a dû trancher sur des cas limites qui créaient de l'incertitude.

La Direction Générale des Impôts a publié une prise de position officielle clarifiant l'assujettissement de certaines catégories d'entreprises aux dispositions de la loi 69-21. Pas d'exclusion sectorielle : la loi 69-21 n'a prévu aucune exclusion sectorielle spécifique. Les holdings, SCP et personnes physiques non commerçantes restent soumises aux obligations de la loi dès lors que leur CA dépasse le seuil de 2 millions de DH.

Message clair : ne cherchez pas des échappatoires dans la forme juridique de votre entité. Si vous faites du commerce — au sens large — et que votre volume d'affaires dépasse le seuil, vous êtes concerné. Sans exception.

Une holding dont les revenus proviennent essentiellement de dividendes doit vérifier si son CA au sens commercial dépasse 2 millions de DH pour déterminer son assujettissement.

Les Bonnes Pratiques pour Rester Conforme Sans y Passer Vos Nuits

Maintenant que le cadre légal est posé, parlons pragmatisme. Comment adapter concrètement votre organisation pour rester dans les clous de la loi 69-21 ?

1
Facturez immédiatement

Ne laissez pas traîner l'émission de vos factures en fin de mois. Puisque le délai de paiement court à partir de la date de facturation, plus vous facturez vite, plus vous êtes protégé.

2
Tracez tout par virement bancaire

Privilégiez systématiquement les paiements par virement bancaire. Le virement constitue une preuve légale et immédiate, reconnue par l'administration fiscale. En cas de vérification, le relevé bancaire reste le seul justificatif accepté.

3
Mettez en place un suivi des factures

Une meilleure anticipation des flux de paiement devient indispensable. Un tableau de bord simple, mis à jour chaque semaine, peut suffire pour les PME. Pour les structures plus importantes, un ERP avec gestion des échéances est devenu indispensable.

4
Préparez vos déclarations en amont

Les déclarations trimestrielles ne laissent plus aucune place à l'improvisation. Prenez le temps de cartographier vos factures fournisseurs dépassant les délais légaux, de paramétrer votre espace SIMPL sur la plateforme DGI, et de rapprocher votre expert-comptable pour la signature de l'attestation de conformité.

5
Revisitez vos contrats commerciaux

Si vous avez des accords existants prévoyant des délais de 90 ou 120 jours avec certains clients, vérifiez leur conformité avec le cadre légal. La loi impose des règles strictes en matière de facturation, de délais légaux, de déclaration et de sanctions.

Ce que Cette Loi Change Vraiment pour les PME Marocaines

Prenons du recul. Au-delà de la conformité réglementaire, la loi 69-21 a le potentiel de transformer en profondeur les relations commerciales interentreprises au Maroc.

La loi 69-21 n'est plus une perspective lointaine pour les TPE et PME marocaines — c'est une obligation opérationnelle depuis janvier 2025. Son objectif principal est de lutter contre les retards de paiement inter-entreprises, un fléau qui étouffe la trésorerie des PME marocaines et fragilise les relations commerciales. Pour ce faire, la loi impose des délais légaux contraignants, une déclaration obligatoire auprès de la DGI et un régime de sanctions pécuniaires dissuasif.

Ce n'est pas anodin. Dans un pays où les délais de paiement moyens dépassaient souvent les 90 jours dans certains secteurs, ce rééquilibrage est une révolution silencieuse. Le fournisseur qui, jadis, devait supplier son client de payer, dispose aujourd'hui d'un arsenal juridique qui parle en son nom.

La loi 69-21 représente une avancée réelle pour les entreprises créancières au Maroc : délais plafonnés, amendes automatiques, obligation de déclaration pour les débiteurs. Mais son application concrète suppose de maîtriser les mécanismes de calcul, les procédures de recouvrement et les voies de recours contre les décisions de la DGI.

C'est là le vrai défi : connaître ses droits ne suffit pas. Encore faut-il savoir les exercer.

Un Dernier Mot sur les Holdings et la Position DGI du 27 Mars 2026

Il y a une précision récente que beaucoup de dirigeants n'ont pas encore intégrée. La position DGI du 27 mars 2026 a apporté une clarification sur l'assujettissement des holdings, sociétés civiles professionnelles et personnes physiques non commerçantes.

Cette prise de position confirme qu'il n'existe aucune zone grise confortable dans laquelle se réfugier. Si votre structure commerciale dépasse 2 millions de DH de chiffre d'affaires, vous êtes dans le champ d'application. Prenez le temps de vérifier votre situation avant que l'administration ne le fasse à votre place.

La Conformité n'est pas un Coût, C'est un Investissement

Voilà ce que résume au fond la loi 69-21 : une invitation, parfois musclée, à professionnaliser la gestion financière des entreprises marocaines.

Les délais de paiement, c'est de la trésorerie. Et la trésorerie, c'est l'oxygène de l'entreprise. Une PME peut survivre à une mauvaise année commerciale. Elle ne survit pas à une asphyxie de trésorerie prolongée.

Se conformer à la loi 69-21, c'est certes éviter des amendes. Mais c'est surtout adopter des pratiques de gestion saines : facturer rapidement, tracer ses paiements, anticiper ses flux, dialoguer avec ses partenaires commerciaux dans un cadre clair et transparent.

Anticiper ces obligations, adapter ses procédures internes et se faire accompagner par des professionnels du chiffre permet de limiter les risques de sanctions et de sécuriser la gestion de la trésorerie.

En 2026, la question n'est plus "est-ce que je dois me conformer ?" — la réponse est oui, sans nuance. La question est : "Suis-je déjà en conformité, et sinon, par où commencer ?"

Loi 69-21 Délais de paiement PME Maroc Trésorerie DGI SIMPL Expert-comptable Code de commerce Sanctions fiscales
Article rédigé par

Abdellah BALRHOUAT

Banquier de profession, Abdellah porte un regard expert sur les marchés financiers. Passionné par la Bourse de Casablanca et l'analyse macroéconomique, il décrypte pour vous les grandes opérations de la place.

Cet article est fourni à titre informatif. Il ne constitue pas un conseil juridique ou fiscal. Consultez un expert-comptable ou un avocat pour votre situation spécifique. Sources : Upsilon Consulting, loi n°69-21 (Bulletin Officiel n°7202, 15 juin 2023), DGI — Position du 27/03/2026, Code de commerce, Médias24, LesEco.ma — Données arrêtées au 3 mai 2026.